Née à Saïda en 1979, Tagreed Darghouth entreprend des études à l’Institut des beaux-arts de l’Université libanaise à Beyrouth avant d’être admise à l’Ecole nationale supérieure des arts décoratifs à Paris. Mais c’est au-delà du carcan académique que l’artiste accède à sa propre thématique, encouragée par un séminaire d’été du peintre syro-allemand Marwan Kassab Bashi à Amman.
En 2004, sa première exposition abstraite intitulée ’Still Features’ porte sur les arbres ravagés. En 2006, elle expose au Goethe-Institut l’archétype de la poupée dans ’Falling Parts’. Elle s’oriente ainsi vers les symboles de la société qu’elle reprend en 2008 à la Galerie Agial dans ’Mirror, Mirror !’, avec la chirurgie plastique. En 2010, ’Fair and Lovely’ traite du thème des domestiques. Ces œuvres orientées vers le phénomène social sont fondées sur le besoin de réagir à l’impuissance devant la vie, la société, l’agression, la violence, la mort.
En 2011, dans
’Canticle of Death’, elle aborde des horizons plus vastes, centrés sur la Deuxième Guerre mondiale. Ce thème lui est suggéré par des recherches sur le projet nucléaire ’’Rainbow’’ mis en place par les Anglais et les Américains entre la fin de cette guerre et 1958.
Choquée par la centaine de noms inoffensifs comme ’’Chat’’, ’’Herbe verte’’, ’’Soleil jaune’’, ’’Chaussure rouge’’, ’’Rose rouge’’, ’’Perroquet vert’’, ’’Gros homme’’, ’’Homme mince’’ assignés aux bombes par les Anglais et les Américains pendant la Deuxième Guerre mondiale pour les camoufler, Tagreed Darghouth explore ce thème porteur de perplexité et d’angoisse avec les couleurs chatoyantes et vives de l’arc-en-ciel.
Elle va encore plus loin en étalant sur des séries de toiles géantes des crânes humains avec un pinceau léger et coloré. Ainsi, la destruction et la violence sont transformées en vie et en paix.
Cette exposition, ’Cantique de mort’, pourrait s’orienter vers des toiles à venir encore plus mûres.
Julie Holman