La féerique ‘Tannoura Maxi’ de Joe Bou Eid
Le 03/05/12
Produit par Naftaleen Entertainement, ‘Tannoura Maxi’ est le premier long métrage de Joe Bou Eid. Présenté en compétition pour le meilleur Muhr lors du Festival du film de Dubaï 2011, il sera projeté à partir du jeudi 3 mai dans les salles libanaises.
Liban. L’été de 1982. Un petit village au sud du pays protégé par ses hommes armés. La famille d’Abou Ziad vient d’y arriver, fuyant l’invasion israélienne de Beyrouth. Là, dans cet endroit qui semble éloigné du reste du pays, se trouve la famille d’Oum Kamal. En l’espace de trois mois, la vie de ces deux familles va être bouleversée, leurs destins vont se croiser. Tout le village va s’embraser.
Intrusion dans l’intime
Joe Bou Eid dédie ce film à ses parents. C’est leur histoire qu’il raconte, à sa manière tellement particulière. Réalisateur, scénariste, il a porté ce film pendant plus de cinq ans. "Plus qu’un film, dit-il dans la note d’intention, ‘Tannoura Maxi’ est devenu une partie intégrante de ma vie quotidienne. Il m’a même submergé, jusqu’à me façonner, jusqu’à ce que je me définisse à travers lui". Les craintes et les appréhensions d’exposer cette histoire intime ont sans doute existé. Mais Joe Bou Eid a choisi la voie du conteur, du cinéaste, du créateur. Dans ‘Tannoura Maxi’, il recréé la rencontre de ses parents. Le réalisateur est présent dans le film, à travers une voix-off qui juge certains des personnages, leur rappelle la réalité, leur réalité, leurs choix. Les seuls à ne pas être jugés d’affront sont ses parents. Pourtant, il les manipule, par son cinéma, dans son cinéma. "Tout ce que je voulais c’était jeter un coup d’œil à travers la clé de la serrure… plus particulièrement celle qui appartient à la chambre de mes parents. Idoles qui deviennent des marionnettes manipulées par leur propre descendance". Par le réalisateur dont l’image se retrouve dans le film à travers celle d’un petit garçon habillé en blanc. Personnage virtuel, image même du cinéaste qui tisse son film, qui lui donne corps et forme, qui fait que la rencontre soit, que l’amour s’épanouisse entre les deux personnages principaux Alya et Amer et leur alter-egos, représentés par Najwa et Zouzou d’un côté, et Ziad et Loulou de l’autre. Trois amours, mêmes facettes d’un seul amour, qu’il soit passionnel, opprimé ou platonique.
Passion rouge-sang
Alya, la fille d’Abou Ziad, vient d’arriver dans ce village sudiste. Elle apporte avec elle le rouge de la passion, sensuelle, charnelle, mais paradoxalement virginale. Et c’est ce qui rend cette passion encore plus fulgurante. Amer, le fils d’Oum Kamal, est sur le point de se faire ordonner prêtre. Mais l’amour que leur taille le petit garçon en blanc fut. Les parents s’y opposent, le village s’y oppose. Oum Kamel continue de coudre la soutane de son fils. Abou Ziad ramène sa famille à Beyrouth. Les femmes du village semblent vouloir lyncher l’impure sur les escaliers de l’église. La Vierge, elle, donne son assentiment dans cette scène particulièrement symbolique, poétique, où l’église tout entière s’embrase des feux passionnels de l’amour, du désir. Le prêtre en devenir seul face à l’autel, face à la statue de la Vierge Marie, recouverte d’un voile blanc. Un voile qui tombe et s’envole dans les airs avant de s’enrouler autour de la taille de Alya, toute habillée de blanc, dansant près d’une voiture embrasée. Correspondances. Images qui s’imbriquent, qui renvoient l’une à l’autre. Entre l’amour et la guerre, au son de ces talons de femmes dont le martèlement marque le film. S’instaure comme dialogue. Car les mots sont inutiles entre Alya et Amer. Joe Bou Eid l’a voulu ainsi. "Par le silence, je voulais dessiner un halo autour d’eux, pour les préserver comme deux saints appartenant à un monde plus parfait que le nôtre". Et pour laisser place à la caméra, au langage cinématographique qui capture cette évanescence passionnelle. Tableaux aux couleurs rouge-sang, rapides mouvements de caméra, geste répété au ralenti de différents points de vue, fantaisie, imaginaire, poésie… ‘Tannoura Maxi’ est tissé d’images et de symboles.
Et c’est en cela que réside sa force, sa puissance, sa beauté. Evanescente et prenante. Renforcée par un casting poignant : Joy Karam, Chady El-Tineh, Elie Saikaly, Antoine Balabane, Jana El-Hassan, Nawal Kamel, Siham Haddad, Joseph Sassine, Carole Abboud, Ahmad El-Khatib, Sarah Haydar, Daniel Balabane…