L’absurdité d’une nuit
Le 15/07/12
Une nuit, encore à ses débuts. Un soir. Qui aurait pu être comme tous les autres. Un soir qui aurait pu se fondre tout simplement dans les couleurs de la fameuse "insouciance des nuits beyrouthines".
Mais ce soir, d’autres couleurs flirtaient avec les rues beyrouthines. Il y avait certes du rouge, du blanc, du vert. Mais agencées autrement. Le rouge n’appelait plus le sang de notre drapeau. Il avait une autre signification, sûrement. Mas qu’importe laquelle. Ça ne nous concerne pas trop après tout. Nous, ce qui nous importe, c’est que les représentants de ces drapeaux vont se faire la chasse au ballon.
Un but marqué. Et nous, nous applaudissons, nous exultons, nous nous enflammons, nous brandissons des drapeaux multicolores. Coupe du Monde ou Coupe d’Europe. Qu’importe. Nous sommes partants. A chaque fois.
En 2006, nous avions tellement applaudi, que nous n’avions même pas eu le temps de décortiquer le fameux "coup de tête" de Zidane. Plongés en pleine guerre. Plongés en plein cauchemar.
"Il y a une semaine, c’était la Coupe du Monde en direct. Maintenant, c’est la guerre en direct". Une phrase entendue à cette époque, à Gemmayzé, dans un de ces pubs qui n’avait pas encore eu le temps de dévisser son écran de télévision. Une phrase entendue et qui ne s’effacera jamais. Qui ne pourra jamais s’oublier.
Absurdité d’une vie, d’une ville, d’un pays. Absurdité d’une nuit.
Nayla Rached
.: Paru dans le numéro 423 de l'Agenda Culturel (11 juillet 2012)