Inaugurée à l'occasion de la commémoration du génocide arménien, la Maison rose est un espace d'accueil et de promotion de l'artisanat ancestral arménien. Un lieu où chacun pourra venir découvrir le savoir-faire des professionnels. Et se souvenir de ne pas oublier l'Histoire. Rencontrer Arpi Mangassarian est une expérience comparable à ouvrir un livre de contes de fées pour adultes. Chef du département d'architecture et d'urbanisme à la municipalité de Bourj Hammoud, même si elle n'aime pas le titre de ’Chef’, cette énergique Libanaise d'origine arménienne vous embarque dans son monde aussi vite que le lapin blanc entraîne Alice au pays des merveilles. Téléphone portable à l'oreille, dossier dans une main, sac à main coincé dans l'autre, elle court partout. Si on ne veut pas rater une miette de ce qui se passe, on se retrouve contraint de trotter derrière elle au pas de course.
Mettre en valeur le patrimoine
Dans les rues de la ’ville arménienne’, qu'elle traverse comme une fusée, elle serre des mains de ses administrés qui la connaissent bien et lui sourient gentiment sur leurs pas de portes. Il faut dire qu'Arpi est particulièrement pressée ce jour- là : dans deux jours, son projet fou va prendre vie. Un rêve qu'elle travaille à rendre réel depuis longtemps. Il a pour nom ’Varbed créateur’. C'est une maison rose, belle comme les châteaux des princesses de notre enfance. Postée comme un phare en plein cœur de Bourj Hammoud, la bâtisse sent le neuf, la peinture et l'émulation. Elle est la ’maison des artisans’ arméniens, lieu de rencontre entre modernité, tradition, savoir-faire des professionnels et désir d'authenticité des consommateurs.
Envahie de gens de tous âges et de toutes professions, elle s'est ouverte au public le 21 avril dernier, et devrait le rester pour longtemps. Y pénétrer, c'est mettre un pied en pays d'Arménie, où le souvenir est roi.
’’Parce qu'un peuple sans mémoire est un peuple sans avenir, explique Arpi Mangarissian,
j'ai voulu que vivent ces traditions magnifiques et ce savoir-faire ancestral qui est le notre’’. Amoureuse des habitants de sa ville et de leurs talents si peu mis en valeur, elle a elle-même acheté une incroyable vieille bâtisse dont elle a surveillé minutieusement la rénovation. Le patrimoine culturel, matériel et immatériel de la ville est enfermé dans cet écrin de ciment et de mosaïques. Comme une trace, une marque, une tradition qui refuse de mourir. Les mille et un métiers du cuir, de l'orfèvrerie, de la broderie et de la mode viendront présenter leurs histoires et créations au fil du temps.
Le témoin d'un savoir-faire ancestralEn résidence prolongée, les maîtres du cuir seront les premiers à venir faire la démonstration de leurs talents. Les passants, le public, les passionnés et les curieux sont invités permanents dans cet antre du luxe discret qu'est le travail manuel accompli dans les règle de l'art.
La maison rose sera baptisée ’Badguer’ : l'image. Elle sera
’’le témoin d'une communauté qui se sert de l'art et des métiers artisanaux traditionnels pour se réaffirmer en tant que peuple vivant. Elle résumera la mémoire collective vivante grâce à l'expérience collective et qui incarne la solidarité et le respect des valeurs sociales’’.
Une façon pour Arpi Mangarissian et pour ceux qui l'accompagnent et la soutiennent de dire leur amour pour leur peuple, et de l'encourager à cultiver sa spécificité et son identité dans la terre d'accueil qu'est devenu le Liban pour la communauté arménienne.