Faire de l’art relationnel, voilà le credo de la jeune artiste Tania El Khoury. Installée à Londres depuis 2005, elle crée des performances et s’intéresse de près à la rencontre avec son audience. Politique et autobiographique, son travail a pour but d’ébranler les consciences. Rencontre.
Après des études d’art dramatique et de danse au Liban, Tania El Khoury s’installe à Londres en 2005 où elle côtoie la scène artistique indépendante. Elle participe, depuis trois ans, au festival ‘One on One’ qui propose des performances destinées à une seule personne à la fois. En 2009, elle fonde le collectif Dictaphone avec trois autres artistes qui a pour but de réfléchir sur la notion des espaces publics quasi absents du Liban.
Réflexion sociale et rencontre avec le public
Influencée aussi bien par des artistes majeures telles Sophie Calle et Mona Hatoum, que par la danse Buto née au Japon dans les années 60, le travail de Tania est avant tout une réflexion sociale. Les thèmes qui parcourent son travail sont, entre autres, la guerre, le destin du Liban, l’oppression sociale ou encore la vision du Moyen-Orient en Occident.
Intéressée avant tout par la rencontre avec le spectateur, elle crée des situations d’intimité avec ce dernier, bouleversant ainsi le schéma classique du spectateur passif et de l’artiste actif : ’’Je souhaite faire de l’art relationnel. En arrivant à Londres j’ai été étonnée par la scène artistique que j’ai trouvé trop traditionnelle dans son rapport avec le spectateur, il n’y avait aucune interaction’’. Ainsi, lors de sa performance ‘Fuzzy’, présentée à Londres, Tania invite l’audience (un à un ou en groupe) à tenir le rôle du psychologue. L’artiste raconte alors son histoire amoureuse et les spectateurs doivent réagir à ses confessions.
Ce qui fait de Tania une artiste exceptionnelle, c’est qu’en se penchant sur des problèmes individuels presque racoleurs - ici, les problèmes du couple -, elle atteint des questionnements plus profonds et beaucoup moins anodins : Les problèmes ne naissent-ils pas d’une incompréhension culturelle et historique ? Comment un Occidental peut-il comprendre le traumatisme de la guerre ?
Le corps comme langage
A l’instar des performeurs des années 80, Tania El Khoury utilise son corps ; elle se place volontairement dans une position de vulnérabilité pour toucher la conscience de ses spectateurs. Pour autant, elle cherche surtout à rester subtile dans son travail. Choquer le spectateur de manière trop frontale ne l’intéresse pas. Malgré cette subtilité, les réactions que suscitent ses performances sont souvent fortes. En témoigne sa performance ‘Maybe if you choregraph me, you will feel better’, présentée durant le festival ‘One on One’, dans laquelle l’artiste aborde la question de l’oppression émotionnelle au sein des rapports hommes/femmes ainsi que la relation artiste/spectateur. ’’Les réactions suscitées par ma performance furent, au-delà de mes attentes, vives et positives.’’
L’actualité
En ce moment, se tient au Hangar l’installation de l’artiste Souheil Sleiman intitulée ‘Monopolis- A House of Cards’ qui aborde la question de l’urbanisme au Liban. A partir du 19 mai, Tania propose une visite guidée audio de l’œuvre de Sleiman. Sous forme de jeu, elle invite le public à aborder l’installation avec un certain regard. Il est alors question de l’individu dans la cité et de la destruction du patrimoine libanais. Comme à son habitude, Tania soulève des questions graves sous forme ludique et légère afin de tenter d’éveiller les consciences.
Elsa Baghdassarian
A savoir
‘Monopolis- A House of Cards’ installation de Souheil Sleimanet performance audio de Tania El Khoury
Le Hangar Umam D&R
Tous les jours de 16h00 à 21h00 jusqu’au 12 juin 2011
www.umam-dr.org
www.taniaelkhoury.com
[Photo en haut de page : Mathew Cassel]