Alice a (à) point nommé
Le 09/05/12
L’auteure de la lettre est l’autre personnage principal du roman d’Eloïs Marel*. Elle voyage et, à chaque lieu différent et moment de son envie, écrit à son ami/amant. Cette lettre est indépendante du roman. Elle s’inspire de la forme et du langage de celles nombreuses que l’on peut y lire. Elle est une œuvre littéraire et doit être lue comme telle, et peut susciter des réflexions, des réactions qui ne devraient pas sortir du cadre de l’exercice de la pensée, et du contexte de la littérature.
Si l’on n’est pas d’accord avec ce qu’elle dit, c’est donc qu’elle est différente. Qu’elle soit alors autorisée à l’être. Au mieux, elle permet que s’élargissent, la pensée, la poésie et la littérature.
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Alice a (à) point nommé
Ce matin à la lecture effeuillée, n’ai pas aujourd’hui marché au regard assoupli, plutôt rêveuse le long de grands arbres peu soucieux de nuages arrivants, mon livre allait tranquille à l’imaginaire prolongé, Alice nous redit chaque jour comment étendre le réel ou le voir autrement, par nos imaginations insolites, nous pourrions tous rêver d’un monde autre, mais nous rêvons souvent que de seules choses que nous voyons connaissons savons chez d’autres, et trop peu que nous imaginons, alors que la nuit en rêve il y a tant de choses impossibles et pourtant réelles, après tout le passé n’est pas dans les rêves, le futur pas plus, mais un présent infini, qui se change et puis nous aussi changeons ou nous révélons à nous-mêmes, ou la vie simplement nous le permet, nous y pousse, des points de vue rien de plus, souviens-toi de Ponge qui voulait « que l’on suscite l’homme, l’incite à être, incite la société humaine à être de telle sorte que chaque homme soit », qui aurait aimé que ce fût possible, alors il suffit de commencer à le vouloir, comme Alice qui a tout à faire de l’autre côté du miroir, du moins nommer les choses qu’elle voit dans un bois obscur, et c’est déjà beaucoup, ou peut-être à cause de cette obscurité ne peut-elle voir les noms dans sa mémoire non plus, peu importe la raison, elle devra bien inventer des noms pour ces choses, si elle veut que les autres sachent de quoi parle-t-elle, ce sera plus ingénieux que reprendre ceux du voisin, ne crois-tu pas, ils m’embêtent à user tous du même langage, n’ont-ils pas assez d’invention ni créativité, comme si ils voulaient regarder tous la même étoile, ça doit rassurer les gens, ça ne me rassure pas, ce soir nous irons au soleil accueillant, les étoiles, encore elles nous rejoindront un peu plus tard, prends bien soin de nos souvenirs si tu viens, c’est aujourd’hui ton tour d’invention, tu vois que j’avais raison bien raison de ne pas vouloir que l’on fasse un jour sur deux, la routine programmée n’est pas salutaire, le hasard de jour à inventer est plus stimulant non, ça t’oblige et nous oblige aussi à la vivacité d’invention, tu aimes je crois, j’aime aussi même si pas toujours facile, aujourd’hui la politique est en pointe d’argile, et rime comme tu vois avec fragile, et ne parlons pas des Dieux, que l’on y mêle trop souvent et trop souvent à tort, ce serait une pointe en plume, si seulement chacun laissait tranquille les dieux, ils savent ce qu’ils font ou ont à faire, et s’il n’y a pas de dieux, alors le problème est réglé, nous devrions croire en nous, cela est déjà bien difficile, alors pourquoi croire plus en d’autres, Ponge le voulait déjà, nous avons tellement de mal à le vouloir, te vois demain reposée.
* Eloïs Marel, est né en France, et fonde avec Clément Courrèges en 2011 les éditions Blanc Couleur.