Les concerts d’Edict Records se poursuivent au théâtre Le Tournesol. Le samedi 4 février, le saxophoniste syrien Basel Rajoub présente au public des compositions de son album ’Asia’. Quand Basel Rajoub joue, l’Orient semble sourire… Avec Basel Rajoub, pas question d’un saxophone déjoué, manipulé de ce quart de ton, de ce piston magique qui fait tant parler de lui. Le saxophone de Basel Rajoub est un saxophone classique. Mais il suffit d’un souffle du musicien pour que l’effluve de l’Orient tout entier se dégage de cet instrument occidental qui respire, s’essouffle, reprend son souffle et souffle de plus belle, se faisant tour à tour languissant, tendre, rythmé, endiablé, langoureux… Le son que dégage le saxophone de Basel Rajoub est très particulier, immédiatement reconnaissable entre tous, dès la première note.
L’instrument se dévoile Derrière ce jeu, il y a des heures et des heures de travail. Basel Rajoub reconnaît que le saxophone n’est pas fait à la base pour jouer ce genre de musique orientale. Il lui a fallu beaucoup de temps pour arriver à ce son.
’’Mais quand on est tellement passionné, on ne pense plus au temps dépensé’’. Basel a concentré son attention sur les musiciens qui ont expérimenté cet instrument, les musiciens indiens qui ont joué leur musique traditionnelle au saxophone soprano.
’’Le saxophone est un instrument ouvert à d’autres possibles. Et même jusqu’à maintenant je sens qu’il me faut encore d’autres choses, que le saxophone doit encore produire d’autres musiques. Et cela se passe un peu partout dans le monde. Plus il y aura des expériences et plus cet instrument sera ouvert, se libèrera du creuset du jazz et du classique, comme n’importe quel autre instrument. Le saxophone est en train d’évoluer d’année en année. Il ne faut pas oublier qu’il a seulement 100 ans d’âge’’.
Alors quand il s’agit de jouer oriental, Basel avait pris l’habitude de jouer au plus malin avec son instrument, pour en extraire ce fameux quart de ton. L’habitude, au fil du temps, s’est transformée en naturel.
’’On s’est habitués l’un à l’autre. On se comprend mon sax et moi. Mais si quelqu’un d’autre essaie d’en jouer, je ne sais pas ce que cela donnera’’.Unicité du souffleBasel Rajoub et son saxophone semblent souvent ne faire qu’un sur scène. Pourtant, ce n’était pas son premier instrument de prédilection. Il y a seulement six ans environ qu’il l’a substitué à la trompette. À peine avait-il terminé ses études au Conservatoire national de musique d’Alep, qu’il se voyait contraint d’arrêter la trompette, pour des raisons indépendantes de sa volonté. Mais impossible d’arrêter la musique. Elle coule dans les veines. Il se met au saxophone pour la facilité du nouvel apprentissage, sans vraiment aimer son instrument au début, mais soutenu par des ateliers au conservatoire. Puis la complicité s’est établie ; Basel n’a aucun regret quant à ce choix détourné.
En comparant au Liban, il est plus facile en Syrie d’apprendre la musique, étant donné, d’une part, le nombre réduit de musiciens par rapport à la population du pays, et d’autre part, la quantité d’institutions professionnelles. Mais ce qui est bien plus difficile en Syrie, c’est de produire un album original, de se faire connaître au-delà des frontières syriennes. Un pari relevé. En 2006, la collaboration entre Basel Rajoub et la chanteuse syrienne Lena Chamamyan donne un premier album, ’Asmar Ellon’, qui regroupe des chansons traditionnelles arrangées par Basel. L’opus remporte le prix Radio Monte-Carlo. Il sera suivi de ’Shamat’ en 2007 et de ’Rasa’el’ qui n’est pas encore sorti dans les bacs.
’’L’expérience avec Lena a été réussie à tous les niveaux’’.
D’expérience en aventureEt Basel continue son chemin, cumulant les collaborations avec des musiciens de tous bords, de toutes nationalités, touchant à divers genres de musiques traditionnelles et autres… Un métissage musical auquel il est très habitué. C’est qu’en Syrie, à Alep où il a grandi, le mélange d’influences est presque une seconde nature. Les musiques turque, kurde, arménienne se mêlent à celle d’Alep qui est encore différente de celle de Damas…
’’En Syrie, on a nécessairement ce mélange, et chacun persévère dans le genre qu’il aime’’. Basel lui s’intéresse également au jazz, au funk… Mais ce n’est pas ce qu’il veut. Ce qu’il veut, c’est jouer de la musique orientale, arabe, expérimenter cette musique et la pousser à chaque fois au-delà de ses limites.
En 2010, il sort son premier album solo, sur le label Incognito, ’Khameer’, mêlant sonorités orientales et turques… Dans son deuxième album ’Asia’, qui doit sortir cette année sur le label Edict Records, il tente une nouvelle expérience.
’’La musique est plus orientale et plus moderne. Je voulais me concentrer sur la mélodie et non l’harmonie, d’où l’idée du moderne’’. Il s’entoure donc de Khaled Yassine aux percussions orientales, d’Elie Afif à la contrebasse – qui permet de briser l’aspect oriental et de s’ouvrir vers d’autres horizons -, et du musicien syrien Feras Shahrestan au
qanûn, pour lequel il compose certains morceaux de l’album. En attendant d’en donner un avant-goût lors du concert le 4 février, Basel Rajoub continue l’enregistrement de son troisième album. Avec ’Next Day’, ce sera encore une fois une nouvelle expérience, mêlant cette fois le jazz à l’oriental. La sortie est prévue pour octobre 2012.
Entre-temps, les projets se bousculent, les idées fusionnent, les compositions et les arrangements se succèdent, les collaborations se diversifient : avec le chanteur syrien Ribal al-Khoudari pour un projet musical relatif aux révoltes arabes, avec la chanteuse libanaise Oumaïma el-Khalil… Et il y aura toujours l’étonnement du public, pris à chaque fois au dépourvu, à chaque note de saxophone, à chaque souffle de Basel Rajoub.
Nayla Rached
Basel Rajoub QuartetThéâtre Le Tournesol
Le 4 février 2012 à 20h00
(01) 746938
Ecouter la page de Basel Rajoub
ici.
[Photo : © Lamis Al Mohamed]