La pièce 'Scheherazade in Baabda' se joue du 12 au 15 juillet au Venue, Beirut Souks, avec six ex-détenues de la prison de Baabda et des projections de scène de la pièce initiale. Zeina Daccache, fondatrice de l’organisation Catharsis, répond à nos questions. La dramathérapeute est lauréate du ‘Performance Award’, donné par l’Association nord-américaine de dramathérapie (NADTA).Quel souvenir gardez-vous de votre rapport avec les détenues ? Souvenir est un mot qui donne l’impression que c’est terminé, alors que ça ne l’est pas… Nous ne laissons jamais un groupe de personnes que nous avons suivi pendant un an. Tout comme pour ‘12 Angry Lebanese’, nous continuons les sessions de drama thérapie avec le groupe de détenus tout en y invitant de nouveaux participants. Cependant les moments les plus forts des répétitions pour ‘Sheherazade in Baabda’ qui me restent en tête sont premièrement, le jour où les détenues ont enfin dévoilé leur côté féminin au cours d’une improvisation sur la musique ‘Sheherazade’ par Rimski Korsakov. Aussi, les longues discussions autour du système patriarcal dans le monde arabe et son influence sur la vie de la femme, la conduisant dans plusieurs cas au crime.
Quelle importance revêt cette performance aux détenues ?La performance était importante sur plusieurs niveaux. Les détenues avaient la permission de rester plus longtemps hors de leurs cellules pour les répétitions (jusqu’à 17h00 ou 18h00), c’était la première fois de leur vie qu’elles parlaient de leurs traumatismes passés (abus sexuel, violence domestique…), et la première fois qu’elles recevaient autant de visiteurs, Baabda étant une prison ‘oubliée’ et les gens parlent de Roumieh et la visitent plus fréquemment. Enfin, plusieurs juges ont assisté à la performance, permettant à ces dames d’être vues sous un autre jour que le ‘Cas numéro X’.
Le travail a-t-il été plus facile avec les femmes qu’avec les hommes ?Ces deux expériences sont totalement différentes… Je dois admettre que les hommes n’ont pas pris trop de temps pour acquérir une certaine discipline et s’engager dans le projet. Les femmes, quant à elles, ont pris plus de temps pour se faire confiance entre elles et s’ouvrir. Cependant, nous devons souligner que les deux pièces sont différentes : celle de Roumieh tournait autour du lobbying et du plaidoyer (changement de lois…), tandis que les femmes ont présenté une performance totalement révélatrice sur elles.
Quels sont les progrès par lesquels doivent passer les prisons pour assurer une meilleure condition de vie aux détenus ?La chose la plus importante à réaliser est de provoquer plus de collaborations entre les structures concernées par les prisons - ministères, FSI, magistrature, ONGs… - pour que le changement soit enfin possible.
Votre projet à venir ?Le documentaire sur le projet des prisons des femmes est sous production pour le moment et verra le jour début 2013. La prochaine performance par Catharsis sera avec des détenus hommes, ou bien un nouveau projet avec une population vivant en dehors des prisons.
Propos recueillis par Grace Barmaki
Lire aussi
Le théâtre fait son entrée en prison avec ’Shéhérazade à Baabda’,
’Shéhérazade à Baabda’ en images et
Shéhérazade à Baabda