Marking Beirut, une vision de Beyrouth à travers ses murs
Le 18/10/10
Ce sont les murs de la capitale libanaise qui ont inspiré la jeune graphiste saoudienne Tala Saleh pour la réalisation de son premier livre Marking Beirut- A city revealed through its graffiti. De retour à Beyrouth après la guerre de 2006, elle se rend compte de la prolifération des graffitis notamment ceux réalisés par Arofish. Saleh décide alors de sillonner la ville à la découverte de ses interminables murs chargés d’histoires et de messages.
Perçu comme une agression visuelle par certains ou comme un art à part entière par d’autres, le graffiti version beyrouthine a sûrement été depuis la guerre civile, en 1975, un moyen d'expression délié de toute censure et restriction permettant ainsi aux différentes parties politiques de véhiculer librement leurs idéologies.
Il suffit d’une bombe, aérosol certes, pour s’approprier un mur de cette ville et y laisser un message discret et anonyme.
Deux aspects que Saleh estime ont fortement contribué au développement des graffitis à Beyrouth.
Elle considère que cet art mural prend une dimension particulière dans la capitale libanaise, le graffiti de Beyrouth est un graffiti sur la politique, la guerre et les luttes sociales, utilisé pour scinder la ville en quartiers politiquement affiliés.
Selon la jeune graphiste, la figuration narrative des graffitis à Beyrouth révèlent des pratiques utilisées pour la proclamation de l'espace contrairement à la perception occidentale de couverture maximale et de territoire illimité.
Cette figuration confine l'espace et limite toute communauté politique à son domaine spécifique.
On est loin des pochoirs de Miss tic sur les murs de Paris ou des œuvres complexes et violents de Basquiat à New York, les graffitis de la capitale beyrouthine se veulent un cri de revendication, une façon d’exprimer une colère ou une opinion publique.
Tala Saleh a voulu à travers les 160 pages superbement illustrées de son livre faire voyager les lecteurs dans Beyrouth, cette ville fascinante, agitée et saisissante de contrastes où les appartenances politiques et religieuses sont omniprésentes.
En réalisant cet ouvrage, la jeune saoudienne participe à la sauvegarde de la mémoire collective du pays puisqu’en 2008 suite à l’accord de Doha, le gouvernement libanais a ordonné que les rues de Beyrouth soient nettoyées de tout signe ou affiche politique dans une tentative d'apaiser les tensions entre les différentes communautés libanaises.
Magali Ghosn