Organisé tous les deux ans par le Théâtre libanais de marionnettes, le festival Caravane clôture l'édition 2011 avec deux spectacles, ’L'œil du loup’ et ’The Puppet City’. Président de l’association Khayal dont relève le Théâtre libanais de marionnettes, Karim Dakroub répond à nos questions. Quels sont les objectifs de l'association Khayal pour les arts et l'éducation ?L’association Khayal a pour mission de confirmer le rôle des arts, en particulier les arts de la scène, en tant que moyen d'expression et de communication entre les individus et les sociétés. C’est dans ce cadre que Khayal cherche à mettre en avant le rôle des artistes dans la société et les possibilités d’utilisation des arts à des fins éducatives : développement social, sensibilisation, animation psychosociale, etc.
Quel est l'intérêt de créer un festival de théâtre de marionnettes pour la région méditerranéenne ?Le bassin méditerranéen a connu la marionnette depuis des siècles comme forme de représentation populaire, à travers des personnages traditionnels tels que Pulchinella, Punch & Judy, Guignol, Karakoz, Aragoz, Karagiozis, Casperek, etc. Ces traditions se ressemblent d’une manière remarquable au niveau des techniques, des sujets et de l’esprit, transcendant la différence des langues, des cultures et des religions. Comme la plupart des formes traditionnelles, les traditions de la marionnette sont tellement mélangées qu’on n’arrive pas à retracer leur origine. Ceci fait que la marionnette porte en elle la diversité culturelle en même temps que la fusion des cultures dans la zone euro-méditerranéenne.
Quels sont les nouveaux éléments inclus dans l’édition 2011 de Caravane ?Dans sa quatrième édition en 2009, le Festival méditerranéen de théâtre jeune public et de marionnettes a pris une nouvelle forme itinérante et, rebaptisé Festival, il a été organisé en collaboration avec les bibliothèques publiques. Suite au succès de cette collaboration, nous avons décidé, pour cette édition de 2011, de collaborer aussi avec les municipalités, dans le but de les encourager à soutenir des évènements culturels pour les enfants dans leurs communautés. Depuis son inauguration en mars 2011, le festival Caravane a déjà accueilli deux pièces internationales (en provenance du Danemark et de l'Espagne) et des ateliers, ainsi que les spectacles du Théâtre libanais de marionnettes et de trois autres compagnies locales. Actuellement, nous accueillons la compagnie française Arketal et son spectacle ’L’œil du loup’ entre le 4 et le 14 novembre, et le festival se clôturera entre le 23 et le 29 novembre avec la compagnie coréenne Hyundai Puppet Theater et leur spectacle musical de marionnettes ’The Puppet City’.
Parlez-nous du spectacle ’L’œil du loup’.’L’œil du loup’ est un spectacle de marionnettes présenté par la compagnie Arketal (France), adapté de la nouvelle du même nom par l’auteur français Daniel Pennac. La pièce raconte l’histoire d’Afrique, un jeune enfant immigré, qui tombe nez à nez avec Loup Bleu, un loup borgne de l’Alaska. Par amitié pour le loup, l’enfant se met à le regarder aussi avec un œil seulement. Désormais à pied d’égalité, chacun va explorer la mémoire de l’autre et ensemble, ils découvriront qu’ils partagent les mêmes valeurs et que des parcours similaires les ont amenés là. Le spectacle est présenté au Théâtre Le Tournesol à Beyrouth, au Centre culturel Safadi - Tripoli, ainsi qu'à Saidoun - un village dans la région de Jezzine. Ce spectacle constitue la première collaboration entre l’association Khayal et Arketal, et il est soutenu par l'Institut français et la Région PACA, en collaboration avec l'Institut français du Liban.
Pensez-vous que les activités du Théâtre libanais de marionnettes participent à la promotion de ce genre de théâtre dans les écoles et les milieux artistiques ? Depuis quelques années, la marionnette est enseignée à l’université comme une discipline pour les futurs artistes, et cela a contribué à ouvrir un nouveau monde aux jeunes artistes. Par ailleurs, le Théâtre libanais de marionnettes et l’association Khayal organisent fréquemment des ateliers de formation et des résidences artistiques au Liban et en Europe, à travers des réseaux internationaux comme le réseau Voyages du Geste. Toutes ces activités rendent cet art plus accessible aux jeunes artistes. Nous préparons actuellement un projet qui nous permettra d’offrir notre soutien à de jeunes artistes pour leurs nouvelles productions. Pour citer un exemple concret, Fouad Yammine, comédien marionnettiste qui travaille avec le notre théâtre depuis des années, a bénéficié d’un soutien pour mettre en scène son premier spectacle, ’Le ballon rouge’, en 2009.
Comment est née votre passion pour le théâtre de marionnettes ?Ma passion personnelle pour le théâtre de marionnettes est née pendant la guerre civile au Liban. Durant mon enfance puis mon adolescence, le théâtre de marionnettes m’a aidé à surmonter les cicatrices psychologiques de la guerre et m’a donné une inspiration et une motivation pour mon avenir. J’ai ensuite eu la chance de pouvoir suivre une longue formation en mise en scène de théâtre de marionnettes à Moscou et à Saint-Pétersbourg. C’est cela qui fait que j’aime aujourd’hui utiliser la marionnette comme langage artistique et comme moyen de soutien psychosocial pour les enfants et les adultes.
Dans quelle mesure votre collaboration avec des organisations régionales et internationales peut-elle contribuer au développement de ce genre d'expression théâtrale ?Cela dépend de la nature de l’organisation. Les grands réseaux internationaux comme ASSITEJ (Association internationale du théâtre pour l’enfance et la jeunesse) facilitent la circulation et l’échange des informations entre des artistes et compagnies concernés par le spectacle vivant pour enfants, ce qui nous aide parfois à entrer en contact et à collaborer avec d’autres compagnies sur des festivals, des stages ou des coproductions autour de la marionnette.
Avec Voyages du Geste (réseau d’artistes formateurs), nous organisons des résidences multidisciplinaires pour jeunes artistes où nous essayons de combiner la marionnette avec d’autres disciplines comme la technique Alexander.
D’autres réseaux encore servent de plateformes d’échanges sur la marionnette, surtout autour du pourtour méditerranéen, à travers des participations dans des festivals, séminaires, stages, etc.
Enfin, les organisations comme AFAC (Fonds arabe pour les arts et la culture) aident les organisations culturelles et les individus à créer des projets artistiques. Cette année, nous avons bénéficié du soutien financier d'AFAC pour le festival Caravane 2011.
Propos recueillis par Géraldine Zeidan
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Khayal.
Fondée en 2004 par un groupe d'artistes, l'association coopérative libanaise Khayal pour les arts et l'éducation a pour but de promouvoir les arts pour des enjeux sociaux et éducatifs, de même qu'elle cherche à développer la recherche artistique et la créativité. ’’Khayal’’, qui signifie en arabe à la fois imagination et ombre, témoigne de l'approche créative qu'adopte l'association dans ses diverses activités et renvoie également au théâtre d'ombres qui est l'une des premières formes d'expression théâtrale dans l’art dramatique arabe.…
A savoir- ’L’ œil du Loup’, Arketal
Du 4 au 14 novembre 2011
- ’The Puppet City’, Hyundai Puppet Theater
Du 23 au 29 novembre 2011
Infos : Théâtre Le Tournesol, Tayyouneh. (01) 381290
www.khayal.org