De quoi s’agit-il dans « Profession Bonniche » ?
C’est un roman sur l’histoire d’une domestique Philippine dont le premier employeur n’a pas voulu lui remettre ses « release papers » à la fin du contrat. Il exigeait d’elle de renouveler ce dernier alors qu’elle ne le voulait pas. Par besoin de travailler, elle est restée au Liban, séquestrée en quelque sorte, sans papiers, pendant plus de trente ans.
Est-ce que cet ouvrage se base sur des faits réels ?
Tous les faits, détails, histoires, mésaventures, cités dans Profession Bonniche sont véridiques. J’ai beaucoup prêté l’oreille aux drames de ces « petites bonnes », on m’en a rapporté bien d’autres, j’ai écouté des confidences, vécu moi-même certaines situations… Je notais tout systématiquement, pendant plusieurs années. Puis j’ai « tricoté » toutes ces informations pour servir la romance : monter l’intrigue, créer la tension, installer un climax, introduire les rebondissements, puis aboutir au dénouement. De quoi nourrir un schéma narratif classique.
Pourquoi avoir choisi ce titre ?
« Bonniche » est un terme très péjoratif et méprisant. Il sous-entend une pauvre fille envers qui on n’a pas de respect et à qui on peut tout demander. En lui accolant le mot « profession » qui fait allusion à un statut, j’ai voulu créer comme une dissonance qui s’estompe peu à peu et va conférer au roman tout son sens.
Avez-vous un message précis à transmettre à travers ce livre ?
Profession Bonniche se veut un témoignage sur le parcours d’une vie réussie malgré les vicissitudes, les exactions, les difficultés de toutes sortes qu’on peut imaginer dans la situation de « l’héroïne ». Et le mot n’est pas de trop. C’est un roman d’amour, celui d’une femme qui malgré la maltraitance et la détresse parfois, n’a pas cessé de se réaliser, aimer, faire un enfant et vivre une passion amoureuse brûlante. C’est une ode à la vie et à la résilience.
Est-ce que d’après vous la loi peut évoluer pour plus de protection de ces personnes?
Bien que je n’aborde jamais le système de la Kafala en tant que tel, il est insidieusement mis en cause. J’aimerais surtout sensibiliser, rappeler la situation de ces personnes vulnérables dont la dignité est souvent et très gratuitement bafouée. Elles cumulent en elles, surtout les femmes, toutes les aspérités de la société libanaise : machisme, sectarisme, racisme, inégalités… C’est le maillon le plus faible d’un pays quasiment hors la loi, où le manque de respect et l’impunité font bon ménage. Ces « bonnes » ne sont pas considérées par la loi sur le travail (qui date de la fin des années 40) comme « employées » de maison. Leur sort dépend toujours d’un garant qui signe pour elles leur contrat de travail et qui peut donc décider absolument tout pour elles. Mais heureusement que tous les employeurs ne sont pas des malfrats.
Gisele Kayata Eid signera son ouvrage le 5 avril entre 17h et 19h chez PAUL Gemmayze
Retrouvez-la aussi autour d’un « Café Citoyen » le 3 avril de 18h à 19h30 au Hook, Furn el Chebbak.
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