Où sont nos acteurs culturels en temps de guerre et que font-ils ?
L’Agenda Culturel est allé à leur rencontre pour les interviewer et les écouter.
Chloé Fakhouri Kazan, Fondatrice et présidente du Club Social Bacchus.
Comment allez-vous ?
Je vais, comme beaucoup, dans un entre-deux, entre la résistance et la résignation. Il y a des jours où l’on sent qu’on porte le poids du monde, mais il y a aussi des instants où l’on trouve un peu de lumière, parfois dans les petites choses, comme un souvenir ou un geste inattendu. En temps de guerre, l’âme oscille sans cesse entre la douleur et l’espoir, et c’est ce qui nous définit, je crois : notre capacité à avancer malgré tout.
De quoi est fait votre quotidien ?
Mon quotidien est rythmé par la lecture, surtout d’articles qui m’ouvrent des fenêtres sur des sujets variés. Je regarde aussi beaucoup de documentaires, car ils me permettent d’approfondir des thématiques qui me touchent. Et puis, je dois avouer que je suis une boulimique du journal télévisé : je ne peux m’empêcher de suivre les actualités, même si elles sont parfois difficiles à encaisser. Entre tout cela, j’essaye aussi de poser les bases de nouveaux projets, pour garder le cap malgré les incertitudes.
Continuez-vous votre activité artistique ?
Oui, je continue mon activité artistique, mais d’une manière différente en ce moment. En dépit de la guerre, je me concentre sur L’Odyssée Musicale, un festival de musique que je prépare pour l’été 2025. Ce festival est pour moi un moyen de reconnecter les gens, de leur offrir un espace où la musique dépasse les frontières et les séparations imposées par le monde extérieur. Bien que la situation actuelle rende les choses difficiles, je mets toute mon énergie dans la préparation de cet événement, convaincue que la musique est une forme de résistance, un souffle de vie et d’espoir, même dans les moments les plus sombres.
Comment envisagez-vous l’avenir du Liban ?
En ce moment, l’avenir du Liban semble pris dans les ténèbres de la guerre, marqué par l’incertitude et les souffrances quotidiennes. Mais malgré cette obscurité, je reste convaincue que le pays détient une force inébranlable, une résilience profonde qui, même mise à mal, n’a jamais été complètement anéantie. Le Liban, forgé par des générations de luttes et de renaissances, porte en lui un potentiel de transformation. Dans ses moments les plus sombres, on peut encore apercevoir des éclats de vie, des gestes de solidarité et des souffles de résistance. L’avenir reste incertain, certes, mais tant que la mémoire, la culture et la musique continuent de résonner, il existe, je crois, une possibilité fragile mais réelle de renouveau.
Pour tromper la peur, que suggérez-vous à nos lecteurs comme :
Pour tromper la peur, je recommande L’Insoutenable Légèreté de l’être de Milan Kundera, qui interroge la liberté, l’amour et la condition humaine dans un monde où chaque décision semble à la fois légère et lourde. Les écrits de Franz Kafka, comme Le Procès, sont essentiels pour saisir l’angoisse existentielle et l’isolement de l’individu face à un monde parfois absurde et oppressant. Pour une touche poétique, les Sonnets de Shakespeare offrent une réflexion saisissante sur l’amour, le passage du temps et les complexités de l’existence humaine. En musique, je suggère les Sonates pour piano de Beethoven, particulièrement la Sonate n°14 en do dièse mineur, "Clair de Lune", qui résonne avec une émotion intense et une beauté apaisante. Les Préludes de Debussy, quant à eux, ouvrent un espace propice à l’introspection, où l’on peut trouver, peut-être, un peu de réconfort face à l’incertitude.
Un dernier mot ?
Un dernier mot ? Peut-être celui de l’espoir, même fragile, qui persiste malgré tout. En temps de guerre et de crise, il est facile de se laisser submerger par la peur, mais je crois profondément que la beauté, la musique, et l’art en général ont cette capacité de nous rappeler ce qui est essentiel : la dignité humaine, la solidarité, et notre capacité à renaître de nos cendres. Dans l’obscurité, il reste toujours une lueur, aussi ténue soit-elle, qu’il nous appartient de nourrir et de faire grandir.
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