Déstabiliser le regard et explorer les croyances ancestrales avec Ramzi Mallat
03/04/2025|Mathilde Lamy de la Chapelle
À l’espace Takeover jusqu’au 12 avril, « Suspended Disbelief » est la nouvelle exposition de Ramzi Mallat, dont le nom commence à s’imposer sur la scène beyrouthine. Une installation audacieuse pour ce jeune artiste qui joue avec le regard du spectateur pour remettre en question ses perceptions et ses croyances.
Au cœur de l’exposition réside le symbole de protection contre le mauvais œil dont Mallat choisit d’explorer la dualité. S’il est perçu positivement – comme un porte-bonheur – dans la culture méditerranéenne, ce symbole est aussi la preuve matérielle de l’anxiété de celui qui l’arbore, cherchant à détourner un présumé mauvais sort. Peur et sécurité sont ainsi réunies comme les deux faces d’un même talisman.
Pour revisiter cette incarnation et l’interroger, Mallat s’appuie sur deux pratiques artistiques : la sculpture et le dessin. Chacune de ses œuvres est pensée de manière à troubler le regard du spectateur en créant une ambiguïté avec les figures et les formes. Une première étape afin de l’inviter à remettre en question ses certitudes.
Première étape : l’incertitude de la perception
Entrez dans l’espace Takeover et un sentiment vous assaillira : celui d’être pris au piège, enserré dans les griffes d’un insecte géant, vous plongeant directement dans un univers kafkaïen digne des Métamorphoses. Cet effet est produit par les dessins de l’artiste, agrandis dans un format papier peint afin de couvrir les murs de la galerie. Les dessins reprennent le motif de la fameuse amulette auquel viennent se greffer de longs tentacules. Le spectateur est confronté à une représentation de l’objet qui, loin de sa forme traditionnelle, échappe à ses attentes et à ses certitudes. Là où il pensait trouver une figure familière, il rencontre une entité plus inquiétante mais aussi fascinante, un regard à la fois hypnotique et inquisiteur.
Les sculptures suspendues jouent, elles aussi, avec les illusions. Inspirées à l’artiste par des artefacts découverts dans les temples de Brak en Syrie, et dont la signification reste encore méconnue, ces statues participent à interroger nos représentations. Elles peuvent être perçues tantôt comme des paires d’yeux, tantôt comme des ancres, qui, similaires à nos croyances, relient le passé au présent mais forcent parfois à l’immobilisme et nous empêchent d’avancer.
Avec leur suspension, l’artiste joue là encore de la dualité. S’il donne à l’installation une forme de légèreté, le système d’accrochage, similaire à des griffes de boucher transperçant le regard invisible des statues, restitue la violence contre laquelle l’œil ne parvient pas à nous protéger.
Deuxième étape : une invitation au doute
On retient de cette exposition le jeu des contrastes, qui invite le spectateur, non sans ironie, à découvrir derrière les installations ses propres contradictions intérieures.
Dans le Liban actuel, le symbole de protection contre le mauvais œil se fait le miroir des angoisses contemporaines : une quête de protection face à un monde incertain, mais aussi une inquiétude latente concernant ce qui pourrait advenir si cette protection échouait.
Contre la peur, la croyance en l’avenir demeure malgré tout le meilleur rempart. Une manière d’apporter plus de légèreté au quotidien. Comme autant d’yeux suspendus.
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