Et quel été ! Entre menaces de guerre, angoisses généralisées et attaques de panique, Beit Tabaris a réussi à offrir six semaines intenses de musique, masterclass et concerts. Après la masterclass de composition de Naji Hakim avidement suivie par 12 jeunes compositeurs et l’incroyable concert de ses œuvres pour violon solo par Mario Rahi, dont il a été question dans ces colonnes, Beit Tabaris, envers et contre tout, a poursuivi son programme estival.
Tout d’abord le duo Christine Marchais (piano) et Marc Sieffert (saxophone), tous deux excellents instrumentistes et pédagogues. Cinq pianistes et quatre saxophonistes ont suivi leur enseignement pendant une semaine, et pour clôturer, ont donné un récital à Beit Tabaris où chaque élève a joué une pièce (Chopin, Debussy, Liszt, Balakirev) et où les professeurs eux-mêmes ont offert deux duos dont la célèbre Rhapsodie mauresque de Claude Debussy dans un arrangement de Marc Sieffert. Cette masterclass était organisée en partenariat avec l’orchestre de LEBAM et le centre culturel Abdallah Ghanem de Baskinta, où se sont déroulées deux des journées d’enseignement du saxophone.
Alors que le concert touche à sa fin, arrive de l’aéroport en direct de Paris, le chef d’orchestre Michael Cousteau qui doit passer la semaine auprès de 6 jeunes chefs d’orchestre. Mais ne voilà-t-il pas qu’en voyant Christine Marchais il se met à crier de joie et d’étonnement. Il vient de reconnaître… Son professeur de solfège alors qu’il avait 6 ans !
Donc masterclass de direction d’orchestre avec l’orchestre des Cordes résonnantes dirigé par Joe Daou. Tous les jours les chefs travaillent d’abord au piano, avec Sirvart Sabounjian, puis avec l’orchestre, et puis de nouveau au piano. Il s’agit de monter en une semaine un programme orchestral très exigeant dont chaque jeune chef dirigera une dizaine de minutes. Le concert se tient en l’église de Saint Maron, pleine à craquer, et c’est un franc succès. Des œuvres de Mozart, Puccini, Bartok, Grieg, Elgar. Unfinished Journey de Bechara El Khoury avec Qamil Muça au violon solo clôt le concert et est dirigé par Michaël Cousteau lui-même, en hommage au patrimoine musical libanais.
Après l’orchestre, voici le piano. Et pas n’importe quel piano. Patrick Fayad, concertiste et professeur aux grandes qualités pédagogiques reconnues, reçoit 5 élèves qui travaillent d’arrache-pied sur un programme très exigeant : Œuvres de Beethoven, Mozart, Brahms, Liszt, Rachmaninov, Khatchatourian, Chopin et dont le patrimoine musical libanais n’est pas absent avec Bechara El Khoury et Wadia Sabra. Le concert en est un moment très émouvant avec pour la clôture, Patrick Fayad lui-même qui joue Lugubre gondole de Franz Liszt, œuvre prémonitoire de la mort de son gendre Richard Wagner qui décède à Venise en février 1883. Avant l’interprétation de la pièce, Patrick Fayad allume une bougie et la dédie aux victimes de l’explosion du 4 août. Pour terminer en beauté cet émouvant moment musical, une magnifique Etude de Sergei Lyapounov.
Cette riche saison estivale se clôture avec deux concerts de musique de chambre. Pour commencer les jeunes et talentueux instrumentistes de l’AUB classical club, Wi’am Haddad, Maya Maalouf, Jawad Hamadani, Khalil Chahine, qui offrent un florilège d’œuvres pour violon et piano ou piano solo (Haendel, Mozart, Debussy, Brahms, Liszt) et pour terminer, deux pièces poétiques, dans le style impressionniste pour piano de Wi’am Haddad qu’il interprète lui-même. L’ultime concert de la saison mêle chant et piano. Marianne Helou, magnifique cantatrice à la voix de velours, interprète Massenet et Fauré, mais aussi un cycle de mélodies de Sevag Derghougassian, sur des poèmes de Walt Whitman. Le compositeur est lui-même au piano. Le grand salon de Beit Tabaris est plein à craquer. L’été se termine en apothéose musicale.
Rendez-vous au mois d’octobre, si tout va bien, pour une nouvelle série de masterclass et de concerts.
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