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Lecture 90 : Le génie de Beyrouth - Tome 1 – Rue de la Fortune de Dieu

03/04/2025|Gisèle Kayata Eid

Le génie de Beyrouth, Sélim Nassib, Léna Merhej, Dargaud, 2024

Tome 1 – Rue de la Fortune de Dieu

 

Pourquoi s’intéresser à une bande dessinée sur la guerre civile qui a éclaté en 1975 au Liban ? Quoi dire encore qui n’ait pas été ressassé et décliné sur toutes les nuances du regret, de la révolte, de l’accusation ou de l’impuissance ?

La réponse s’impose dès les premières pages où, la dessinatrice libano-allemande, principalement concernée par la guerre dans ces œuvres, nous introduit dans une société paisible où 18 communautés se côtoient dans les teintes paisibles de rose et de vert… qui virent, au fil des pages, vers le gris, avec des croquis chaotiques de combats, de bombes, d’armes et de miliciens natifs du même quartier mais qui progressivement s’arcboutent en ennemis.


Mais c’est aussi et beaucoup, le style de l’écrivain franco-libanais qui raconte l’évolution de la rue (probablement où il a grandi) où cohabitaient un épicier chrétien, un autre musulman, un coiffeur arménien, une famille juive, un teinturier chiite, un hôtel pour entraîneuses… et où « chacun savait qu’un tel était chrétien, un tel musulman, un tel arménien, mais on n’y prêtait pas attention ». Ils vont tous peu à peu insidieusement se haïr avec la guerre qui s’installe. 


L’attrait et la force de cette bande dessinée réside dans la concision du mot chez l’auteur du « Tumulte » qui résume magistralement des situations qu’il expose. Pour statuer sur la situation conflictuelle du pays, cette trouvaille : « La première montagne s’appelle d’ailleurs le Mont Liban, l’autre l’Anti-Liban ». Pour décrire la mosaïque des intérêts des différentes communautés, bien qu’elles partagent une même ville, il conclut sa bulle : « Comme si Beyrouth ne pouvait pas être un lieu d’origine, comme si elle n’était que le reflet des deux montagnes et d’une multitude de villages disséminés du Nord au Sud ».  Décrivant les filles de petites vertus qui suscitaient les fantasmes, il résumera ce qui fait le génie de la capitale : « Faire tenir ensemble ce qui en principe ne devrait pas. »  Pour amorcer le début de la discorde encore contrôlée au début, il aura cette répartie géniale : « Mais comme il est impossible de s’inquiéter vingt-quatre heures sur vingt-quatre, on s’habitue à cette espèce de tension latente ». Alors que le pays insouciant se refusait à traiter les problèmes graves qui s’abattaient sur lui, il aura cette formule-choc : « C’est avec du fric plein les poches que Beyrouth court à l’abîme ».


Et il en va de même tout le long de cette métamorphose morbide qui a fait éclater la douceur de vivre de Beyrouth. Schématisant les situations pour les faire tenir dans des bulles, l’auteur nous donne l’essentiel à savoir. Et c’est tout l’intérêt pour celui qui veut essayer de « comprendre » comment s’est opérée la déflagration totale dans des quartiers qui vivaient paisiblement.


Un ouvrage à mettre entre les mains des enfants, des adultes, des étrangers, des Beyrouthins et de tous ceux qui veulent savoir comment la haine se tricote pour défaire un pays. 

De quoi attendre impatiemment les tomes 2 et 3 qui devraient suivre.

 

 

Le livre est disponible à la Librairie Antoine

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